Pour entreprendre: la crise une opportunité?

En période de conjoncture calme, créer son entreprise est toujours une action délicate, parce que, malgré une planification rigoureuse de son projet, un business-plan minutieux, la réalité est toujours différente de la prévision.

« L’été meurtrier » aux niveaux financier et conjoncturel que nous vivons, pour paraphraser l’auteur Sébastien Japrisot, rend cet acte encore plus risqué et rend la vie de nos entreprises difficile. Cependant, le climat actuel de crise ne doit pas dissuader un chef d’entreprise d’une réflexion avec un peu de prise de recul.

L’actualité macro économique témoigne de la difficulté à prévoir l’environnement dans lequel va se mouvoir un entrepreneur : incertitude sur l’évolution de la conjoncture en Europe et aux Etats Unis, informations contradictoires d’un jour à l’autre compte tenu de l’abondance de l’information « en live », tout concourt à embrouiller sa vision entrepreneuriale. La cherté du franc suisse par rapport à l’Euro et au dollar complique encore la situation. Face à ces incertitudes quelles sont les points de repères qu’il faut garder à l’esprit lorsque l’on songe au devenir de son chiffre d’affaires à court terme et à la pérennité de son entreprise à moyen terme ?


Tout d’abord la cherté du franc suisse, qui sert de valeur refuge dans un monde monétaire incertain est d’une certaine façon logique. Nous sommes un des rares pays développés aux équilibres macro-économiques non dégradés en cette période de post crise financière (niveau d’endettement, maitrise des déficits publics) et dont la croissance, même faible, est assise sur des fondamentaux sains. Comment dans ces conditions notre monnaie ne serait elle pas recherchée ? Ce n’est pas la première fois dans l’histoire économique que notre monnaie est très chère. Mais jamais son appréciation n’a été aussi soudaine et violente.

Rarement contexte, hors période de guerre, n’a été aussi préoccupant. De la crise financière de 2008, au départ des « subprimes » aux Etats Unis, nous sommes passés désormais à une juxtaposition de crises qui donnent le tournis : crises financière, bancaire, de l’endettement public, sociale, politique (qui aboutit à la dégradation du rating US à AA+), géopolitique (déstabilisation du Maghreb et du Makrech), donc au final à une sorte de crise de confiance dans l’avenir. L’évolution erratique des marchés financiers et des bourses n’est que le thermomètre qui reflète l’état du malade. Or l’économie, c’est aussi de la psychologie. Quand le moral des ménages et des chefs d’entreprise est en berne, la récession pointe.

Pourtant, l’histoire récente nous prouve que la rigueur paie, qu’une monnaie forte comporte plus d’atouts que d’inconvénients. Notre grand voisin du nord, l’Allemagne en témoigne. Voilà un pays qui depuis les années 1960 n’a cessé de réévaluer sa monnaie alors que ses grands voisins européens pratiquaient la dévaluation compétitive jusqu’à l’avènement de l’euro pour compenser leurs faiblesses, un pays qui a « digéré » depuis 1990 l’intégration des länder de l’ Est à des conditions financières et sociales que beaucoup d’experts qualifiaient de pure folie, et qui, en 2011 est la première puissance économique européenne et le deuxième exportateur mondial. Que ce soit dans une Europe naissante dont les pays s’abritaient encore souvent derrière leurs frontières, (les années 60), dans une Europe élargie à partir des années 80 (L’Europe des 27) ou dans une économie globalisée en cette première décennie du XXIe siècle, l’Allemagne est toujours une grande puissance.

Comment : grâce à une monnaie forte, le deutschemark sous la surveillance de la Bundesbank indépendante, puis à l’euro, sous celle de la Banque Centrale Européenne. Grâce à des déficits maitrisés et à la croissance d’une masse salariale à long terme inférieure aux gains de productivité dégagé dans le cadre d’une organisation sociale qui privilégie le dialogue et la cogestion. L’Allemagne puis le monde entier ont payé un lourd tribut à la faillite de République de Weimar et son « hyperinflation » et ce pays a su en tirer jusqu’à présent les enseignements. La rigueur paie toujours à long terme. Nous faisons plus de 60 % de notre commerce avec la zone euro et l’Allemagne est l’économie dominante de cette zone.

Tirons en les enseignements et ne nous laissons pas séduire par les sirènes de la facilité.
Rare bonne nouvelle pour les entrepreneurs dans ce flux incessant de mauvaises qui s’amoncellent, s’entrechoquent et se contredisent, l’inflation à court terme est maitrisée (absence d’inflation importée) et dispense la Banque Nationale Suisse d’une politique monétaire restrictive à court terme, ce qui a pour conséquence des taux d’intérêts encore particulièrement bas. Pour celui qui a un projet valable, des produits attractifs, des marchés d’avenir générant une demande stable, l’endettement bancaire a du sens et les frais financiers ont peu d’impact sur les comptes de pertes et profits. A condition que les banques veuillent bien prêter. De plus si le marché fonctionne, nous finirons bien par profiter -entreprises et consommateurs- de la baisse des prix des produits importés, et Dieu sait s’ils sont nombreux !

A contrario, c’est vrai, les exportateurs ont beaucoup de souci à se faire si la cherté du franc perdure. Plus grave, ce risque de surévaluation monétaire se couple aux incertitudes concernant la stabilité des économies européennes et américaines, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la consommation des ménages et l’investissement public, donc au final sur la demande de nos clients étrangers. .

Raison de plus pour agir en tant qu’entrepreneurs et chefs d’entreprises sur plusieurs leviers :

1- Agir sur la pérennité de nos affaires : créer sans cesse des produits ayant plus de valeur ajoutée pour nos clients, renforcer la qualité de la relation avec eux, ne pas baisser voire augmenter les efforts de prospection de clients et de marchés nouveaux. Nos concurrents étrangers se meuvent pour la plupart dans des environnements macroéconomiques moins favorables et leur prendre des parts de marché en période de crise est une opportunité : d’une menace nait souvent une opportunité (voir nos bons vieux manuels de management en matière de «Swot analysis ».

2- Renforcer sa compétitivité : réaliser en permanence des gains de productivité pour suppléer à l’appréciation du franc et au coût relatif de la main d’œuvre élevé, abaisser les coûts mais en même temps investir en permanence dans la formation des collaborateurs pour accroître leurs compétences, continuer les efforts d’investissements en matière d’innovation.

Certes c’est une voie difficile, mais c’est la seule possible pour les entreprises qui ont la chance de travailler dans un des pays les plus stables au monde et les plus prédictibles, et dont la création de richesse par habitant est la plus élevée. Notre pays, qui a su rester sage au niveau budgétaire en période de prospérité aborde la période de gros temps avec un navire en bon état.

La persistance dans l’effort, le maintien de la rigueur à tous niveaux, le travail en réseau en en « clusters » composé de grands groupes transnationaux et un réseau dense de PME, l’association de compétences, l’investissement dans l’innovation, voilà où est l’avenir de nos emplois. Certes il faudra que le Conseil Fédéral, le Parlement et les Cantons prennent des mesures d’accompagnement conjoncturel et structurel de nos entreprises en période de crise, et naturellement des mesures d’accompagnement social devront être engagées. Mais la Suisse, pays de la rigueur macroéconomique, de l’effort permanent, grâce à son réseau de PME dense et performant, ses universités de qualité mondiale et ses entreprises de taille mondiale a des atouts dans son jeu quelle peut abattre face à des adversaires affaiblis. En tout cas, la rigueur « à l’allemande » elle la pratique depuis longtemps et cela paie.

Laisser un commentaire

Newsletter
Restez informé en souscrivant à notre bulletin d'information.